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[DANS L’ŒIL DE…] Armel Le Cléac’h

[DANS L’ŒIL DE…] Armel Le Cléac'h
Vendredi 22 Janvier Décembre

[DANS L’ŒIL DE…] Armel Le Cléac’h

Armel est un des navigateurs les plus titrés qui soit ! Champion du monde Imoca en 2008 et champion de France de course au large en solitaire en 2003 et 2020, Armel a notamment remporté la Solitaire du Figaro à trois reprises (2003, 2010 et 2020), ainsi que la Transat AG2R en 2004 et 2010 et la Transat Anglaise 2016. Il est le premier marin à terminer trois fois le Vendée Globe sur le podium : deux fois deuxième lors des éditions 2008-2009 et 2012-2013 et il remporte la dernière édition en 2016-2017 en 74 jours, 03 heures, 35 minutes et 46 secondes sur Banque Populaire VIII, améliorant le record de l’épreuve. Un record qui ne sera pas battu sur cette édition !

Comment vois-tu cette fin de Vendée Globe ?

Armel Le Cléac’h : Cela va être un sprint final… Passionnant pour nous à terre et stressant pour les marins en mer. Finalement, tout va se jouer sur cette dernière partie du Vendée Globe. Autant sur les autres éditions, la course pouvait se jouer dans la descente de l’Atlantique, dans les mers du Sud ou sur une partie de la remontée Atlantique, autant là, la course va se jouer dans les prochaines heures et dans ce tronçon Açores / Les Sables d’Olonne. Cela va se jouer avec des manœuvres à faire, des bords à tirer et des choix de voiles importants… C’est sûr que cela va être compliqué et c’est un scénario que l’on n’imaginait pas forcément au départ. En tous les cas, il est là et il faut qu’ils fassent avec !

Et dans des conditions musclées, n’est-ce pas ?

ALC : Oui, c’est vrai que cette transition est toujours brutale. Si je ne l’avais pas vécu il y a quatre ans, j’ai quand même vécu ce type de situation sur mes deux premiers Vendée Globe. On sort des mers du Sud où l’on a connu un mois compliqué, difficile et usant, puis on remonte l’Atlantique où l’on en profite pour récupérer avec des conditions au large du Brésil et jusqu’au large des Canaries plutôt agréables… Et là, en quelques heures, les températures baissent et on retrouve d’un coup des conditions hivernales, fortes et avec de la mer. Même si les marins sont bien en place sur leurs bateaux, connaissent leur Imoca sur le bout des doigts et savent manœuvrer dans toutes conditions, il n’y aura pas de période d’adaptation. Ils vont être tout de suite dans le vif du sujet avec du vent de prévu, des conditions de mer qui vont aller avec… Des conditions de portant qui vont faire que cela va être rapide, et donc musclé ! 

Charlie sur APIVIA a évoqué le fait que l’expérience Figaro pouvait être un atout sur cette fin de parcours, partages-tu cet avis ?

ALC : Oui, je partage complétement son avis. C’est sûr ! Aujourd’hui, la complexité pour ceux qui visent la victoire ou le podium, c’est le fait qu’il y ait plusieurs concurrents autour d’eux. Autant moi sur les deux dernières éditions, nous n’étions plus que deux pour la victoire finale et au final, il y avait plus un contrôle de l’adversaire direct à faire. C’était plus une sorte de match-racing à grande échelle. Là, clairement, c’est de la régate au contact avec cinq ou six bateaux qui vont prendre des options différentes, qui vont choisir des voiles différentes… Oui, c’est plus un mode de figariste sur ces 5/6 jours de course qui arrivent, avec un rythme qu’il va falloir changer. Il faut changer de braquet et passer du mode marathon au mode sprint. Fin de transat du type fin d’étape de la Solitaire du Figaro, avec un rythme de sommeil encore plus usant. Et puis, il va falloir tenir mentalement. Dans l’expérience de Charlie sur son APIVIA, cela va peut-être l’aider, car jusqu’au bout, jusqu’à la ligne d’arrivée, il va falloir se battre. 

Et si c’était Armel qui était sur l’eau à moins d’une semaine de l’arrivée et dans ces conditions, tu serais comment ?

ALC : Je me préparerais pour entrer en mode régate, en mode figariste. Cela va être à fond jusqu’au bout… Cinq jours pour tout donner et pour n’avoir aucun regret à l’arrivée. Penser à tout pour vivre ses journées qui vont être intenses, rapides, physiques et il faudra faire très peu d’erreurs pour être devant les autres.

Est-ce satisfaisant de voir que son ancien bateau, aujourd’hui Bureau Vallée 2, se bat pour la victoire ?

ALC : (Sourires)… Oui, c’est une belle surprise. Effectivement, nous n’imaginions pas Louis aussi bien placé avec cette concurrence qu’il y avait au départ. Finalement, il a su déjouer les pronostics et montrer sa volonté sur une course aussi longue. Oui, cela fait plaisir de voir mon ancien bateau aux avant-postes, qui a du potentiel et qui pourquoi pas, pourrait accrocher une deuxième étoile à son palmarès. 

Ton record ne sera pas battu sur cette édition… Quel est ton avis sur cela ?

ALC : Il y a plusieurs choses pour expliquer cela je pense. Bien sûr, la météo en premier lieu a été compliquée. Je ne parle pas des phénomènes météo en tant que tel, car ils ont été relativement classiques sur ce que l’on peut rencontrer sur un tour du monde, mais c’est plutôt l’enchainement des phénomènes et des situations météo qui n’a pas été facile pour les marins. Je pense à Charlie qui a été souvent aux avant-postes et qui n’a pas eu de moments pour s’échapper. Cela a été presque à chaque fois la porte qui se refermait par-devant et puis, derrière les concurrents qui revenaient. Cela a été un des éléments qui expliquent que les marins vont arriver autour des 80 jours.

Il y a eu aussi les problèmes techniques qu’ont connu notamment les nouveaux foilers, comme Charlie sur APIVIA ou Thomas (Ruyant sur LinkedOut). Cela les a pénalisés sur quasiment la moitié du parcours pour eux deux. Et ce n’est pas rien… C’est sûr que sur cette remontée de l’Atlantique, ils avaient le foil du mauvais côté abimé et cela aurait pu, peut être bien, être très différent si cela avait été le foil tribord qui avait eu un problème. Cela a joué aussi, je pense, pour le temps de course. Je pense aussi – et c’est mon point de vue personnel – que l’accident de Kevin (Escoffier sur PRB), qui est arrivé à un moment où les conditions se durcissaient à l’entrée des mers du Sud, a refroidi un peu tout le monde. Ce qui est normal et compréhensible d’ailleurs. Mais, je pense que les marins ont mis un peu de temps à retrouver l’envie de mener le bateau à 100%  et se sont dit, peut-être, qu’il fallait préserver les machines parce que la route est longue. Il faut aussi rappeler que deux des grands favoris, Hugo Boss et Charal, n’étaient plus en jeu également. Tout cela a joué dans les têtes des marins, et donc sur le temps de course. 

Te rappelles-tu de cette dernière semaine en mer ? Dans quel état d’esprit est-on ?

ALC : Ils vont être vraiment dans des conditions particulières, car ils sont dans la bagarre pour une place pour laquelle ils se battent depuis plusieurs semaines. Ils vont être complétement concentrés sur la course ! On sait maintenant, quand on est dans de telles conditions, qu’il faut tout donner, que ce sont les derniers jours… On oublie un peu la solitude, la longueur de la course. On se rend compte que l’on est à moins de 2 000 milles, puis de 1 000 milles et sont finalement ces chiffres qui s’affichent sur l’écran qui te rappellent que tu t’approches… Mais au final, tu es concentré, tu as envie de jouer ta chance jusqu’au bout… Ce sont finalement les dernières 24 heures où l’on a plus le sentiment que la course va se terminer et que l’on va retrouver ses proches et avoir un gros changement dans son quotidien. Mais là, je pense qu’ils n’auront pas ses 24 heures là, tellement cela va être serré. 

Est-ce qu’il existe une sorte de Vendée Globe Blues une fois arrivé ?

ALC : Il y aura des heureux, d’autres moins heureux avec le scénario que l’on évoque pour l’arrivée. Là, ça va aussi jouer dans les semaines qui vont suivre, sur comment récupère-t-on de son Vendée Globe ? Comment le digère-t-on ? C’est vraiment propre à chacun… Moi, je n’ai pas eu vraiment de Vendée Globe Blues… Le plus compliqué était peut-être en 2016 lorsque j’étais arrivé 2e à 3 heures derrière François. J’avais eu de la déception et j’avais eu envie de passer à autre chose rapidement. Mais, on se rappelle de beaucoup de bons souvenirs, on revoit la course, c’est quand même une opportunité incroyable de vivre une telle aventure comme celle-là. Là, et je croise les doigts, ils vont terminer leur Vendée Globe et pour eux, c’est le plus important. Il est vrai que cette édition se déroule dans un contexte particulier puisque, malheureusement, ils ne vont pas pouvoir savourer le retour avec le public, l’entrée dans le chenal… Cela va être limité et c’est vrai que c’est dommage. Ce sera le seul bémol de ce Vendée Globe, bien malheureusement. Autant le départ, on savait que cela allait être compliqué mais l’arrivée, on n’imaginait pas cela. Ca va sans aucun doute ternir un peu la fête. 

Une dernière question Armel, qu’en est-il de ton Ultime, vous êtes dans le timing espéré ? 

ALC : Oui, le bateau avance bien. Nous sommes sur une mise à l’eau prévue au mois d’avril, soit dans quelques semaines maintenant. Nous sommes, nous aussi, sur la dernière ligne droite…